"Extraire le passé du présent"

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Colloque international et interdisciplinaire sur l’histoire précoloniale de l’Afrique,

Mars 2021

Chères et chers collègues,

Les chercheurs du passé précolonial de l’Afrique proviennent de diverses disciplines: histoire, ethnohistoire, archéologie, linguistique, génétique, études paléo-environnementales, et peut-être avons-nous omis de mentionner votre domaine scientifique. Nous utilisons différentes méthodes et données. Des collaborations entre nos disciplines respectives sont de plus en plus fréquentes mais restent cantonnées à certains projets, certains sujets ou certaines régions. Notre souhait est ainsi d’offrir l’opportunité de discuter entre pairs faisant face aux mêmes enjeux de recherche – dans des régions africaines différentes ainsi qu’à des époques et sur des sujets différents – au sein d’un colloque international et interdisciplinaire sur l’histoire précoloniale de l’Afrique.      

Ce colloque n’est pas le premier du genre. En mars 2011, Kathryn de Luna, Jeffrey Fleisher et Susan Keech McIntosh avaient organisé le colloque: Thinking across the African Past: Archaeological, Linguistic and Genetic Research on Precolonial African History à l’Université Rice (USA), un colloque de deux jours durant lequel des participants furent invités à une réflexion sur le dialogue entre disciplines impliquées dans l’étude du passé précolonial de l’Afrique et sur les défis à relever en termes d’approche méthodologique croisée. L’intérêt porté au dialogue interdisciplinaire concernant le passé précolonial de l’Afrique était aussi au premier plan du symposium Kongo Atlantic Dialogues: Kongo Culture in Central Africa and in the Americas (février 2014, Université de Floride – Samuel P. Harn Museum of Art) qui réunissait un nombre important de chercheurs travaillant sur le royaume Kongo et la diaspora. Tout récemment, des colloques se sont focalisés sur les contributions génétiques (Africa, the cradle of human diversity, mai 2019, Université de Uppsala, et Peopling History of Africa, juin 2019, Université de Genève). Dix ans après le colloque à l’Université Rice, nous vous invitons à l’Université libre de Bruxelles pour élargir et approfondir cette réflexion interdisciplinaire en espérant que cela sera le début d’une série de rencontres pour échanger des nouvelles méthodologies et des résultats récents de recherche.         

Nous lançons ainsi un appel à contribution sur la thématique de l’histoire précoloniale de l’Afrique, que ce soit du point de vue théorique, des résultats de recherche, monodisciplinaire ou pluridisciplinaire. Toutefois, nous souhaitons donner une orientation épistémologique forte à cette réflexion et nous encourageons spécifiquement des contributions discutant le thème central du colloque: « Extraire le passé du présent ». Plusieurs d’entre nous s’appuient sur la collecte de données récentes – mots et phrases, techniques de poterie, patrimoine génétique, etc. –  pour élaborer des hypothèses relatives au passé. Des collègues « de la ligne dure » argumentent que seules les preuves directes – par exemple des objets anciens – peuvent nous informer sur le passé et ils considèrent les inférences du passé en vertu de ses liaisons avec le présent comme de la spéculation pure. Pourtant, beaucoup d’interprétations endossées aujourd’hui, à l’instar des théories sur l’expansion bantu, sont élaborées au regard de preuves contemporaines. Le recours à des données actuelles est aussi au cœur de notre propre projet de recherche ERC « BANTURIVERS » avec la reconnaissance des apports de l’anthropologie au processus de reconstruction historique. L’anthropologie des techniques, comme celles relatives à la poterie, l’étude des stratégies de subsistance ou de navigation, ainsi que des notions de dynamiques socioculturelles, fournissent aux autres disciplines des matériaux de terrain susceptibles d’inspirer celles-ci et de les amener à établir un lien entre présent et passé. L’observation anthropologique et la documentation des technologies contemporaines permettent une meilleure compréhension des dynamiques en jeu. Grâce à l’analyse du vocabulaire spécialisé, ces dynamiques telles qu’exercées par le passé peuvent être reconstituées et elles peuvent ensuite être mises en correspondance avec les preuves directes fournies par les fouilles archéologiques. A l’Université libre de Bruxelles (ULB) et au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), nous répertorions géographiquement les données contemporaines (traditions de poterie, vocabulaire, techniques de subsistance et de navigation, etc.) avant de remonter dans le temps. Nous envisageons les opportunités méthodologiques offertes par la cartographie et l’approche spatiale en tant qu’outils commun de compréhension de l’histoire pouvant être approprié par plusieurs disciplines. Des axes de recherche de cet ordre sont proposés dans le cadre de notre colloque dont la thématique centrale porte sur le recours à la trame des données contemporaines pour décoder le passé. Etant donné la nature controversée de cette perspective, nous invitons également les participants à développer des approches critiques.

Infos :

https://banturivers.eu/fr/extraire-le-passe-du-present-colloque-international-et-interdisciplinaire-sur-lhistoire-precoloniale-de-lafrique-1-5-mars-2021-ulb/